Retours à la montagne entretient des échos avec les romans de Johanna Spyri, Heidis lehr- und Wanderjahre et Heidi kann brauchen, was es gelernt hat.
Le premier ouvrage parait en Suisse en 1880, le second un an plus tard. Le succès est considérable. En France, les traductions par Camille Vidard paraissent en 1882 (Heidi et Encore Heidi). Nous fêterons bientôt les 150 ans de l’oeuvre. La plupart des personnages de Retours à la montagne se trouveraient le même coeur que l’héroïne de J. Spyri, petite fille de la révolution thermo-industrielle qui voulait respirer un air pur et revoir les montagnes.
Johanna Spyri avait choisi comme dédicace pour son premier roman : ‘pour les enfants et pour ceux qui les aiment’, manière de choisir la vie. C’est le mouvement même de son oeuvre, pourrait-on dire. En effet, les deux romans, écrits au moment du plein essor de la révolution thermo-industrielle, se structurent selon une opposition spatiale simple. D’un côté, la ville, polluée par un air vicié, qui rend les gens malades, paralysés, zombies, où il est difficile de voir le ciel, où l’on peut être si affairé à tirer profit du charbon et à devenir plus riche encore qu’on n’a plus de temps pour son enfant. De l’autre, la montagne, espace de liberté et de beauté, où l’on connait la joie et la santé, où, véritablement, l’on vit. Heidi, à peine sortie du train, à la première halte de sa montée vers l’alpe, se libère de ses habits de ville et revient à la vie.
Aucun des personnages de Retours à la montagne ne connait les romans de Johanna Spyri : ceux-là n’entrent pas dans leur univers de référence. Géographie, topographie et toponymie sont mi-imaginaires, de même le cadre temporel. Bref, Retours à la montagne n’est pas réaliste. Le roman se situe dans une zone qui serait juste en dessous, un pré-réalisme, comme on parlerait de préconscience par rapport à la conscience, un peu comme un rêve éveillé. (De la même manière qu’Heidi se réfère à l’image du lieu de son enfance, non comme à un paysage mais comme à un rêve de paysage, si l’on veut.)