COSY NOSTALGIE

Tout modeste que soit le roman, j’ai parfois estimé négativement que celui-ci, ne se déroulant pas à notre époque précisément, mette de côté la question de nos atteintes aux vivants, et finalement à la vie. Pouvais-je situer le roman à une autre époque que la nôtre où l’habitabilité de la Terre se détériore ? À l’heure du plus grand péril, écrire sur autre chose ?

Voici ce que je pense :

Situé à une époque peu définie, cependant clairement antérieure à la conscience du changement climatique (pour ne nommer, encore une fois, que ce seul élément) ou à une époque imaginaire non définie par lui, Retours à la montagne s’inscrit dans ce qu’on pourrait appeler une cosy nostalgie.

L’expression éclaire peut-être ce mouvement qui pousse à regarder ailleurs. Ici, en arrière, vers l’enfance. À l’époque de mon enfance (versant nostalgie, donc), on vivait, comme à la date de la parution de l’ouvrage de Johanna Spyri, au temps thermo-industriel. Cent ans encore après la parution du livre, l’opposition ville/montagne telle que développée par l’autrice suisse parlait fort à certains enfants. Revenir à la montagne comme l’avait fait Heidi était un rêve réalisable. Le climat avait commencé de changer, mais on ne le savait pas encore. Le contexte de Retours… fait écho à cette époque d’inconscience-là (versant cosy). Aujourd’hui, non seulement, on vit encore au temps thermo-industriel, mais on sait aussi, on le constate avec douleur, qu’on est au temps du changement climatique. On sait, depuis notre corps, qu’il n’est plus possible, qu’il ne le sera jamais plus, de revenir à la montagne d’Heidi. Alors l’imaginer, en écrivant Retours…, c’est peut-être faire un adieu à un rêve désormais impossible. Une étape nécessaire. Après, passer à ‘autre chose’ – écrire est un mouvement. C’est peut-être aussi, pour un temps, une échappatoire.